[ Histoire à écouter ] Histoire de Lustucru de Pierre Gripari

Bonjour !

Aujourd’hui, je vous lis un des contes de la rue Broca : Histoire de Lustucru.

Mme Dixon

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Histoire de Lustucru

Ce jour-là, dans la salle de classe, la maîtresse posa aux enfants la question suivante :

— Comment s’appelait le général romain qui a conquis la Gaule ?

Alors le petit Bachir leva le doigt pour demander la parole et répondit :

— Lustucru.

La maîtresse, paraît-il, ne fut pas satisfaite. Mais monsieur Pierre, lui, quand il apprit l’histoire, se demanda tout de suite :

— Et si c’était Bachir qui avait raison ?

La vérité, diton, sort de la bouche des petits enfants… Il n’y a pas de doute, il faut que je me renseigne ! Et monsieur Pierre se renseigna. Il relut tous les bons auteurs : Perrault, Galland, Grimm, Andersen, Afanassiev et autres ; il se promena, il médita ; il s’assit, se coucha ; il dormit, il rêva – et au bout d’une semaine de travail acharné il était en mesure de raconter l’histoire de Lustucru. Cette histoire, la voici : Il y a très longtemps, à l’époque des Romains, vivait un roi barbare. Quand ce roi eut un fils, une bonne fée lui apparut, qui lui dit ces mots :

— Ton fils est immortel, il ne mourra jamais. De plus, il deviendra un grand guerrier, plein d’audace et de bravoure, et il fera de grandes choses. Mais tout cela à une condition !

— Laquelle ? demanda le roi.

— C’est, dit la fée, que tu lui donnes le nom de Lustucru.

Le roi eut une hésitation. Même pour un barbare, le nom de Lustucru est un peu ridicule. Cependant il se dit que la bravoure et l’immortalité valaient bien qu’on supporte ce petit inconvénient et, après réflexion, il répondit : — J’accepte.

— Qu’il en soit donc ainsi, dit la fée.

Et elle disparut.

Le prince Lustucru grandit rapidement et devint en peu de temps un garçon accompli, plein de force et de courage. Quand il eut environ douze ans, le roi son père l’envoya à Rome pour parfaire son éducation.

Il entra donc dans une école romaine. Comme il était aussi intelligent que brave, il était le premier partout. Ou plutôt, il aurait dû l’être, mais ses maîtres romains ne lui donnaient jamais la première place, parce que, pour rien au monde, ils n’auraient voulu dire ou écrire : premier, Lustucru. Pendant toute la durée de ses études, le pauvre Lustucru fut donc un éternel second. Une fois sorti de l’école, il essaya d’entrer dans l’administration, et passa des concours. Mais là encore, la même malédiction le poursuivit. Bien qu’il fût, et de loin, le meilleur et le plus capable, il n’était jamais reçu, et tous ses concurrents lui passaient, comme on dit, sur la tête.

Que faire ? Un autre, à sa place, aurait quitté Rome et serait retourné chez ses parents Mais Lustucru avait conscience de sa valeur, et il se sentait né pour de grandes choses. Il se dit :

 — Je suis meilleur que tous les autres, mais cela ne suffit pas. Pour être reconnu, il me faut accomplir quelque chose d’énorme ! Mais quoi donc, par exemple ? Voyons, voyons… Tiens ! Une idée ! Je vais conquérir la Gaule !

Il faut savoir qu’en ce temps-là la France s’appelait la Gaule, et que ses habitants s’appelaient les Gaulois. Seulement la Gaule était un gros morceau, et Lustucru ne pouvait pas la conquérir tout seul. Il lui fallait recruter une armée. Un jour qu’il se promenait dans les rues de Rome, un mendiant l’arrêta :

Pitié, Monsieur, donnez-moi quelque chose !

Lustucru regarda le mendiant. Il était pauvre et sale, mais c’était un bel homme, encore jeune, bien bâti, courageux, volontaire.

— Dis-moi : tu sais te battre ?

— Oh oui, Monsieur !

 — Tu aimes voyager ?

— Oh oui !

— Les aventures ne te font pas peur ?

— Oh non !

— En ce cas, dit Lustucru, tu entres à mon service. Tu vas me lever une armée, et nous allons conquérir la Gaule. D’accord ?

— D’accord ! dit le mendiant.

— À la bonne heure ! Au fait, comment t’appelles-tu ?

— Jules César.

— Eh bien, Jules César, suis-moi. Je t’invite à déjeuner !

Et c’est ainsi que Jules César devint le lieutenant de Lustucru. À eux deux, ils levèrent une armée, l’instruisirent, l’entraînèrent, puis ils passèrent les Alpes, et entrèrent en Gaule.

L’histoire de la conquête, vous la connaissez. Comme les tribus gauloises ne cessaient de se quereller entre elles, Lustucru commença par s’allier aux unes pour combattre les autres. Il pénétra de cette façon dans l’intérieur du pays. Ensuite, il aida les Gaulois dans leurs luttes contre les Germains, ce qui lui permit de s’infiltrer plus loin encore. Mais petit à petit les Gaulois commencèrent à s’apercevoir que, sous couleur de les aider, Lustucru les colonisait. Ils résolurent alors d’oublier leurs querelles et de s’unir une bonne fois pour chasser les Romains. Le jeune roi des Arvernes, un certain Vercingétorix, prit la tête du mouvement, et ce fut, cette fois, la guerre ouverte. En bonne logique, les Romains auraient dû être exterminés, car ils n’étaient qu’une poignée, au milieu d’un pays hostile. Mais les Gaulois, s’ils étaient courageux et actifs, manquaient terriblement de discipline et d’esprit de suite. Finalement Vercingétorix, enfermé dans la ville d’Alésia, dut reconnaître sa défaite et se rendit à Lustucru.

Celui-ci écrivit toute l’histoire dans un livre, dont il confia le manuscrit à Jules César en lui disant :

— Va porter ce livre aux Romains, et emmène aussi Vercingétorix. Tu leur diras que Lustucru leur a conquis la Gaule.

Mais Jules César était jaloux et envieux. Il prit une plume de roseau, de l’encre et un grattoir, et falsifia le manuscrit. Partout où il y avait Lustucrus, il l’effaça et écrivit Caesar. Partout où il y avait Lustucrum, il écrivit Caesarem. Et partout où il y avait Lustucro, il y substitua Caesari ou Caesare, suivant le cas. Bref, à la place du nom de Lustucru, il mit partout son propre nom.

Une fois arrivé à Rome, il dit aux sénateurs romains :

— Moi, Jules César, je viens de conquérir la Gaule. Voici le livre où je raconte mes exploits. Et maintenant, vous allez me nommer empereur.

— Oh vraiment, vous croyez ? dirent les Romains.

— Si vous ne voulez pas, répondit Jules César, je lance mon armée contre vous !

— Oh ! Mais alors, ça change tout ! dirent les Romains.

Et ils le nommèrent empereur.

César entra dans Rome au cours d’un magnifique défilé, et fit tout aussitôt étrangler Vercingétorix, de peur qu’il ne dise la vérité. Ensuite il envoya deux hommes à lui en Gaule, avec l’ordre de tuer Lustucru. Les deux hommes se mirent en route. Dès leur arrivée, Lustucru, qui attendait avec impatience des nouvelles de Rome, les fit venir dans sa tente. Les deux hommes, une fois introduits, tirèrent leurs épées et lui en percèrent le cœur. Lustucru, qui était immortel, n’en fut pas moins douloureusement surpris. Il comprit qu’une fois de plus on lui avait volé la première place et, déçu, écœuré, se réfugia en Germanie.

Les Germains l’acceptèrent parmi eux, à cause de sa valeur, mais lui refusèrent la place de chef. Pas plus que les Romains ils ne voulaient recevoir d’ordres d’un monsieur qui s’appelait Lustucru. Cette fois encore, notre héros fut maintenu à un rang subalterne.

Quelques siècles plus tard, les Germains envahirent l’empire de Rome, et les Francs occupèrent la Gaule. Vous avez tous entendu parler de Clovis, le roi des Francs ? Eh bien Lustucru, à cette époque, était un guerrier de Clovis.

En 486, après avoir battu la dernière des armées romaines stationnées en Gaule, Clovis s’empara de la ville de Soissons et la mit au pillage. Tous les objets précieux furent rassemblés, puis tirés au sort, et Lustucru reçut un magnifique vase qui venait de l’église. Le partage terminé, le roi Clovis vint lui faire une proposition :

— Laisse-moi ton vase, dit-il, je te donnerai quelque chose en échange… Mais Lustucru, qui en avait assez d’être traité comme un sous-ordre, se mit en colère. Levant sa hache, il fracassa le précieux vase en disant à Clovis :

— Tu n’auras que ta part, rien de plus !

Clovis s’en alla sans rien dire. Mais, comme il était rancunier, il n’oublia pas. Quelques semaines plus tard, retrouvant devant lui le soldat Lustucru, il lui jeta ses armes à terre. Lustucru se baissa pour les ramasser.

Clovis alors brandit sa hache et lui fendit la tête en disant :

— Ainsi as-tu fait du vase de Soissons !

Puis il s’en fut, croyant l’avoir tué. Lustucru en fut quitte pour une forte migraine, mais il quitta l’armée de Clovis.

À partir de ce jour, on perd sa trace pour quelque temps. Du reste, il nous serait impossible de raconter une si longue vie dans tous ses détails, même si nous avions pour cela tous les documents nécessaires.

En l’an 732 les Arabes, venus d’Espagne, occupaient le Midi de la France. Pour arrêter leur progression, le maire du palais, Charles Martel, se porta au-devant d’eux, à la tête d’une armée franque. Ce fut la bataille de Poitiers. Elle fut sanglante et dura jusqu’au soir. La nuit venue, les deux armées se retirèrent dans leurs campements, et l’on ne savait trop qui était le vainqueur. Tout le monde étant très fatigué, les deux camps s’endormirent.

Mais Lustucru ne dormait pas. Sans se faire voir, il sortit du cantonnement et attaqua, à lui tout seul, le camp arabe. Il tua, en moins d’une heure, des centaines d’ennemis. Les pauvres musulmans avaient beau se défendre à coups d’épée, de lance, de hache, de masse d’armes, Lustucru continuait son carnage, et ses blessures se fermaient aussitôt. Les Arabes, voyant cela, le prirent pour le diable, levèrent le camp et détalèrent sans attendre le jour.

Le lendemain matin, Charles Martel se réveilla et s’aperçut que l’ennemi s’était replié.

— Tiens ! C’est curieux ! dit-il. Qui donc les a chassés ?

— C’est moi ! dit un soldat, au garde-à-vous.

— Toi ? Et comment t’appelles-tu ?

— Je m’appelle Lustucru ! En entendant ce nom, toute l’armée franque éclata de rire, et Charles Martel s’écria :

— Ridicule ! De quoi aurons-nous l’air si nous disons que Lustucru a battu les Arabes à Poitiers ? Qu’il soit bien entendu qu’ils ont été battus par moi ! Et celui qui dira le contraire, qu’on lui coupe la tête !

C’est ainsi que, cette fois encore, le nom de Lustucru fut rayé de l’Histoire. Lustucru fit encore bien des choses. Ce fut lui qui, en 778, sonna du cor à Roncevaux. Ce fut lui qui conquit l’Angleterre, pour le compte des Normands. Ce fut lui qui bouta les Anglais hors de France : Du Guesclin, c’était Lustucru ; le Grand Ferré, c’était Lustucru ; Jeanne d’Arc, c’était encore Lustucru… Ce fut lui qui reconnut Louis XVI à Varennes, et qui composa La Marseillaise. Ce n’était pas Napoléon qui traversait le pont d’Arcole, à pied, sous une grêle de balles autrichiennes, non, c’était Lustucru, toujours Lustucru ! Certains vont même jusqu’à prétendre que ce fut lui qui, le 18 juin 1940, au micro de RadioLondres… mais arrêtons-nous là. Aller plus loin, ce serait de la politique.

Le pauvre Lustucru avait bien deux mille ans, et malgré toutes ses actions d’éclat, son nom restait inconnu dans l’Histoire. Complètement découragé, il s’en alla trouver la grande sorcière de la rue Mouffetard.

— Bonjour, madame la Sorcière.

— Bonjour, Monsieur. Vous avez l’air bien triste. Qu’est-ce qu’il y a donc qui ne va pas ?

— Eh bien voici : je suis grand, je suis fort, je suis brave et je suis immortel. J’ai fait des tas de grandes choses, que tout le monde connaît, mais personne ne sait que c’est moi qui les ai faites, et personne ne sait mon nom !

— Voilà qui est bizarre, dit la sorcière. Et comment vous appelez-vous ?

— Je m’appelle Lustucru.

— Lustucru ? Vous m’en direz tant ! Mon pauvre Monsieur, avec un nom pareil, les historiens ne vous citeront jamais !

— Vous croyez ?

— J’en suis sûre ! Si vous voulez devenir célèbre, vous n’avez plus qu’une chose à faire…

— Laquelle ? C’est d’entrer dans une chanson !

— Ça, c’est une bonne idée ! Mais comment faire ?

— Je n’en sais rien, dit la sorcière. Et personne n’en sait rien. Pourquoi des gens comme Malbrough ou le roi Dagobert sont-ils devenus des héros de chansons, plutôt que le Grand Condé ou Chilpéric, c’est un mystère. Vous n’avez qu’à attendre. Après tout, rien ne presse : vous êtes immortel !

— C’est vrai, dit Lustucru. Il dit merci à la sorcière, puis il quitta Paris et, résigné à une longue médiocrité, il s’installa dans un petit village où il acheta une belle maison, au bord de la grand-route.

Les mois, puis les années passèrent. Chaque matin, Lustucru s’asseyait dans un grand fauteuil, devant la fenêtre ouverte, et passait la journée à regarder la voisine d’en face, une certaine madame Michel, qui vivait seule dans une maison aux volets verts, avec son chat pour toute compagnie. À force de la regarder, comme ça, tous les jours, il en devint amoureux. Un beau dimanche après la messe, il acheta un bouquet, mit son bel habit noir, sa cravate et ses gants, puis traversa la rue et fut sonner chez la voisine. Celle-ci vint lui ouvrir.

— Monsieur… Vous désirez ?

— Excusez-moi, madame Michel, je suis votre voisin d’en face…

— C’est vous, voisin ? Je ne vous reconnaissais plus ! Comme vous êtes beau ! Entrez donc cinq minutes ! Vous prendrez bien un petit quelque chose ?

— Avec plaisir, madame Michel… Tenez, voici des fleurs pour vous !

— Oh, comme vous êtes gentil ! Et qu’elles sont belles ! Asseyez-vous, je vais les mettre à l’eau.

— Dites-moi, madame Michel…

— Je vous écoute, voisin.

— Eh bien… je suis venu vous demander en mariage.

— Vous voulez m’épouser ?

— Oui, madame Michel.

— Oh, pas possible ! Mais je vous connais à peine…

— Vous apprendrez à me connaître, madame Michel. Vous voyez, je suis grand, je suis fort, je suis brave et, qui plus est, je suis immortel !

— Ma foi, dit-elle, j’avoue que c’est intéressant. Et comment vous appelez-vous ?

— Je m’appelle Lustucru. 65

En entendant ce nom, la mère Michel changea de visage et répondit d’un air épouvanté :

— Oh non, voisin, ce n’est pas possible ! Vous êtes bel homme, y’a pas à dire, vous êtes même bien plaisant, mais moi, je suis une femme sérieuse ! je n’ai pas envie d’être ridicule aux yeux de tout le pays ! Demandez-moi n’importe quoi, mais de m’appeler madame Lustucru, ça non ! J’aime encore mieux rester toute seule !

Une fois de plus, le pauvre Lustucru était victime de son nom. Mais cette fois il était amoureux, et il ne se tint pas pour battu.

Ce soir-là, comme il prenait le frais, à la porte de sa maison, aperçut une ombre vague qui se déplaçait sur le bord de la route. Il regarda attentivement et reconnut le chat de sa voisine.

Il appela :

— Minet ! Minet !

Le chat, qui n’était pas craintif, s’approcha de lui pour se faire caresser. Lustucru le saisit, l’emporta, et l’enferma dans une petite cabane, tout au fond de son jardin. Après quoi il alla se coucher, riant sous cape et se frottant les mains.

Le lendemain, sur le coup de huit heures, il fut réveillé en sursaut par des cris aigus. C’était la mère Michel, à sa fenêtre, qui se lamentait :

— Hélas, mon petit minet ! Où est mon petit minet ? J’ai perdu mon petit minet ! Personne n’a vu mon petit minet ? Qui me rendra mon petit minet ?

Lustucru se leva et mit le nez à la fenêtre.

— Eh bien, madame Michel, qu’avez-vous donc ?

— Ah, monsieur Lustucru, c’est mon petit minet ! J’ai perdu mon petit minet !

— Mais non, vous ne l’avez pas perdu !

— Qu’est-ce que vous dites ? Vous savez où il est ?

— Eh oui, je le sais !

— Et où est-il ?

— Chez moi.

— Chez vous ? Oh, quel bonheur ! Je viens le chercher tout de suite !

— Minute, madame Michel ! Je n’ai pas dit que je vous le rendrais !

— Comment, vous ne me le rendrez pas ? Mais vous n’avez pas le droit ! C’est mon petit minet à moi ! je ne peux pas vivre sans mon petit minet ! — Et moi, madame Michel, je ne peux pas vivre sans vous ! Épousez-moi, et je vous rends votre chat !

— Et si je refuse ?

— Si vous refusez, je le mangerai !

— Oh ! C’est trop fort ! Je vais chercher les gendarmes !

— Eh bien, c’est cela ! Allez donc chercher les gendarmes, et moi, pendant ce temps, je mets le chat à la casserole ! En entendant ces mots, la mère Michel se mit à pleurer :

 — Oh, monsieur Lustucru ! Pourquoi donc êtes-vous si méchant ?

— C’est parce que je vous aime, madame Michel !

La mère Michel ouvrit de grands yeux :

— Vous m’aimez à ce point-là ?

— Oui, madame Michel !

Cette fois, la mère Michel fut tout émue.

« Pauvre homme ! pensa-t-elle. Je ne savais pas qu’il existait encore des êtres capables d’aimer à ce point ! Après tout, Lustucru, ce n’est pas un si vilain nom… On doit s’y habituer, à la longue… »

Et elle dit tout haut :

— Si je vous épouse, vous me rendrez mon chat ?

— Je vous le rendrai.

— Vous ne lui ferez aucun mal ?

— Je ne lui ferai aucun mal.

— Promis, juré ?

— Promis, juré !

— Alors, c’est entendu, je vous épouse.

— Vraiment ?

— Vraiment !

— Pour toute la vie ?

— Pour toute la vie !

— Promis, juré ?

— Promis, juré !

— Oh, quelle joie ! Merci, madame Michel ! Lustucru s’habilla, descendit, et délivra, sans plus tarder, le chat de sa voisine. Six mois plus tard avait lieu leur noce et, au moment où les nouveaux mariés sortaient de l’église, les enfants du pays se mirent à chanter :

C’est la mèr’ Michel qui a perdu son chat

Qui crie par la fenêtre à qui le lui rendra.

C’est le pèr’ Lustucru Qui lui a répondu :

Allez, la mèr’Michel vot’ chat n’est pas perdu !

— Qu’est-ce que c’est que cette chanson ? demanda Lustucru.

— C’est une nouvelle chanson que l’on chante sur vous, répondirent les enfants.

— Je la trouve stupide, dit la mère Michel.

— Et moi, dit Lustucru, je la trouve merveilleuse !

Depuis ce temps-là, le père Lustucru vit parfaitement heureux dans son petit village, avec sa femme et le chat. Les petits enfants, chaque fois qu’ils le rencontrent, lui chantent sa chanson pour lui faire plaisir, et il leur donne des sous pour acheter des bonbons.

Brave : Synonymes : Courageux, intrépide.

Colonisait : Verbe coloniser. Occuper un lieu, un pays ; l’envahir.

Querelle : Opposition vive. Synonyme : Dispute

Envieux : Qui montre de la jalousie.

Falsifia : Verbe falsifier. Synonymes : Trafiquer, truquer.

Ecœuré : Synonymes : Découragé, démoralisé

Subalterne : Qui est inférieur.

Rancunier : Qui en veut longtemps à quelqu’un.

Bouta : Verbe bouter. Pousser, refouler.

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1 réponse à [ Histoire à écouter ] Histoire de Lustucru de Pierre Gripari

  1. Mr Duclos dit :

    Merci madame Dixon. Les contes de la rue Broca c’est un classique!
    Mon histoire préférée, c’est Scoubidou la poupée qui sait tout.
    Bonne écoute.

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